Séminaire-atelier clinique
2023-2024
Présentation du Séminaire-atelier 2023-2024
Du symptôme au sinthome…Comment lire Lacan ?
Nous allons poursuivre notre cheminement avec notre atelier, lieu où des personnes travaillent à un chantier. Il s’agit bien d’un chantier. « Vous avez, dans le Séminaire de L’angoisse, l’atelier, le chantier, la fouille, qui nous conduit au passage d’un système conceptuel à un autre[1]. […] La trajectoire du Séminaire D’un Autre à l’autre passe un temps à la mise en question de la conjonction sexuelle, à l’horizon de quoi nous savons que nous aurons le dit de Lacan « Il n’y a pas de rapport sexuel ». Nous sommes encore là dans l’atelier, dans la forge où se prépare à grands coups ce dit qui, après Lacan, continue de retentir.[2]» souligne Jacques-Alain Miller.
Lacan est bien un forgeron, le Vulcain de la psychanalyse ? Faute du désir de l’analyste, la psychanalyse ne tient pas une seconde. Il faut que vous ayez le désir de retrouver votre chemin dans l’inconscient, d’accéder au lieu où se trame votre destin, dans la forge où un Vulcain inconnu a façonné vos armes, l’atelier où votre blason fut peint, la messagerie d’où partent ces fichiers cryptés que sont vos lapsus, vos actes manqués, vos rêves et vos symptômes. Pas d’analyse si ce désir n’est pas éveillé, alerté, stimulé. Il l’est par la rencontre de n’importe quoi faisant office de sujet supposé savoir. Lacan a forgé l’objet a, un collègue analyste lui disait : « qu’aviez-vous besoin d’inventer cet objet a ? » Cet objet a, sorti de toute pièce de la forge de Lacan, écarte du risque de totalitarisme. Par sa présence il décomplète le langage, l’énoncé et donc protège du risque d’une tautologie...dire le tout sur tout. C’est le virage pris par Lacan dans le Séminaire sur L’angoisse.
Avec le Séminaire D’un Autre à l’autre, son énoncé : « Il n’y a pas de rapport sexuel » est une véritable bombe. Jusque-là, tout était fondé sur la complémentarité des deux sexes. Freud concevait encore le rapport sexuel sur le modèle platonicien et évangélique : l'homme et la femme ne font qu'une seule chair. « Lacan avait déduit que le modèle ancien ne tiendrait pas la route, que la sexualité allait passer du "Un" fusionnel au "Un-tout-seul". Chacun son truc ! Chacun sa façon de jouir ! Jusqu'à Lacan, on appelait ça l'autoérotisme. Et on pensait : normalement, ça se résorbe, car les deux sexes sont faits l'un pour l'autre. Eh bien, pas du tout! C'est un préjugé. À la base, dans l'inconscient, votre jouissance n'est complémentaire de celle de personne. Des constructions sociales tenaient tout cet imaginaire en place. Maintenant, elles vacillent, car la poussée du "Un" se traduit sur le plan politique par la démocratie à tout-va : le droit de chacun à sa jouissance propre devient un "droit humain".[3]»
Les constructions sociales, soutenues par le lien social, tenaient l’imaginaire. Nous étions en quelque sorte ordonnés par le lien social, qui nous protégeait des effets du réel, celui dont parle Lacan et non celui de la science, que certains scientifiques croient avoir maîtrisé ou en voie de l’être.
C'est pourquoi le modèle général de la vie quotidienne au XXIe siècle, c'est l'addiction. Le "Un" jouit tout seul avec sa drogue, et toute activité peut devenir drogue : le sport, le sexe, le travail, le smartphone, Facebook, les réseaux sociaux…
« Les [êtres] parlants sont en train de prendre nettement le dessus sur la nature. En fonction de leurs désirs, de leurs fantasmes, on manipule désormais la reproduction via la science. Le discours juridique suit le mouvement. Cela ne fait que commencer : on a créé l'an dernier la première cellule à génome synthétique. La nature n'en a plus pour longtemps ! D'où, par ailleurs, l'urgence écolo, largement ressentie.[4]» Soulignait Jacques-Alain Miller, commentant « Les prophéties de Lacan » - toujours d’actualité - en août 2011 dans une chronique au journal « Le Point ».
Le pionnier du séquençage du génome humain, le biologiste américain Craig Venter, a dévoilé le jeudi 20 mai 2010, la création de la première cellule vivante dotée d'un génome synthétique. Une "étape importante scientifiquement et philosophiquement", explique le chercheur, dans la compréhension des mécanismes de la vie et qui ouvre la voie à la fabrication d'organismes artificiels. « Il s'agit de la création de la première cellule vivante synthétique, au sens où celle-ci est entièrement dérivée d'un chromosome synthétique », explique Craig Venter, créateur de l'Institut du même nom et coauteur du premier séquençage du génome humain rendu public en 2000. « Ce chromosome [élément porteur de l'information génétique contenant un groupe de gènes de l'organisme] a été produit à partir de quatre flacons de substances chimiques et d'un synthétiseur, et tout a commencé avec des informations dans un ordinateur ».
Qualifiant de "boîte de Pandore" ces travaux, Pat Mooney, directeur de l'ETC Group, organisme international privé de surveillance des technologies, dont le siège est au Canada, estime que "la biologie synthétique est un champ d'activité à haut risque mal compris, motivé par la quête du profit". "Nous savons que les formes de vie créées en laboratoire peuvent devenir des armes biologiques et menacer aussi la biodiversité naturelle", ajoute-t-il.
Lacan annonçait le retour du sacré. Certains semblent avoir trouvé dans la religion un antidote au triomphe de la science. Entre cette dernière et Dieu, n'y a-t-il pas incompatibilité ?
Qu’est-ce qui nous sortira de cette situation où le totalitarisme nous guette ? Le retour du sacré, de la religion, c'est la compensation nécessaire à la situation. Les rapports antiques se défont ; chacun est livré à la solitude du "Un". On souffre d'être soumis à un maître aveugle et brutal, la dictature du chiffre, de la statistique, de plus en plus insensée, et même hors sens. Qui nous tirera de cette galère ? Ce ne sont tout de même pas les thérapies, qui promettent au "Un" qu'il se guérira tout seul de son mal-être, s'il s'autopersuade tous les matins qu'il est maître de lui comme de l'univers : le bien-être généralisé pour tous. La Culture, « l’entertainment », le divertissement ? Oui, mais c'est insuffisant. On se tourne vers la religion. Là, on trouve des spécialistes, qui offrent depuis toujours à l'humanité souffrante un sens à donner à la vie. Et ce sens met du lien social, du liant, entre les pauvres, entre les « Uns » épars que nous sommes devenus.
Nous lisons tous les Séminaires de Lacan - avec l’apport précieux, éclairant, de la lecture commentée de Jacques-Alain Miller. Mais, quelle est notre lecture des séminaires de Lacan, comment lire Lacan, de quelle manière au XXIèmesiècle ? Il y a là une interrogation, se laisser surprendre par sa propre lecture, surprise, qui confine peut-être avec une certaine contingence, n’est-elle pas de l’ordre d’un acte [5]?
C’est ce chemin là que je vous propose pour notre Séminaire-atelier 2023-2024.
À bientôt, de vous y retrouver,
Gérard MALLASSAGNE
[1] Miller J-A., « Introduction à la lecture du Séminaire de L’angoisse de Jacques Lacan », « La Cause freudienne », 2004/3, N°58, pages 60 à 100.
[2] Miller J-A., « Une lecture du Séminaire D’un Autre à l’autre », « La Cause freudienne », 2007/2, N° 66, pages 51 à 89.
[3] Miller J-A., « les prophéties de Lacan », « Le Point », Publié le 18/08/2011.
[4] Miller J-A., « les prophéties de Lacan », « Le Point », Publié le 18/08/2011.
[5] Du latin actum (« action, fait, exploit » »), de agere (« agir »). * Le mot latin acta possède deux sens :
-- Ce premier sens latin de acta, pluriel de actum, signifie une action issue du verbe latin agere, qui signifie agir, pousser, faire, consigner par écrit, signé (signum veut dire coupé), un acte officiel.
-- Le second sens du latin acta, est un mot au singulier, décrivant les plaisirs de la plage, et est issu, lui, du mot grec " aktè " (‘ακτη’), un mot également à double sens désignant d'une part le fruit, le blé, ou la nourriture de la Déesse Déméter et d'autre part la côte escarpée, en deçà de laquelle pousse le blé.
Soyez les bienvenus. En présence, et en visioconférence simultanément.
Des conférenciers seront invités.
Inscriptions valables pour l'année 2023-2024 :
gerard.mallassagne@wanadoo.fr avec en objet : présence ou visioconférence
à l'Institut de Formation aux Métiers Éducatifs, 2117 Chemin du Bachas, Mas des Abeilles - 30900 Nîmes
Entrée libre (sans participation)
Quelques échos du dernier Séminaire-atelier
le lundi 22 mai 2023
Des fondamentaux
Lors du séminaire du 22 mai, Josiane Vidal, Michel Galtier et moi-même, avons parlé à partir de deux textes des « Écrits » : « l’Introduction au commentaire de Jean Hyppolite sur la Verneinung » et « Réponse au commentaire de Jean Hyppolite sur la Verneinung ». Textes que J. Lacan nomment deux échantillons, qui, dit-il, donnent une idée de son « dessein de faire enseignement ». Il précise « ces textes gardent encore la violence de la nouveauté qu’ils apportaient ». Il en mesure le risque à constater que les problèmes qu’ils posent sont, en 1954, toujours à l’ordre du jour…nous pouvons ajouter, aujourd’hui encore.
Nous avons fait retour sur ces fondamentaux : négation, dénégation, déni, affirmation, jugement attribution, jugement d’existence.
Dans une communication faite à la Société anglaise de psychanalyse, le 2 mai 1951, J. Lacan soulignait l’importance du texte freudien. « Le langage fut donné à l’homme pour cacher sa pensée » souligne Henri Beyle, dit Stendhal dans « Le Rouge et le Noir » 1830.
« Qu'est-ce qui, pensez-vous est alors le plus éloigné de votre esprit ? » Le patient tombe-t-il dans le piège et nomme-t-il ce à quoi il peut le moins croire, il a par-là, presque toujours, avoué l'exact. Une belle contrepartie de cet essai se produit souvent chez l'obsessionnel, qui a déjà été introduit à la compréhension de ses symptômes. « J'ai eu une nouvelle représentation obsédante. Il m'est venu à l'idée qu'elle pourrait signifier ceci, précisément. Mais non, ce ne peut, en effet, être vrai sinon ça n'aurait pas pu me venir à l'esprit. Ce qu'il rejette, en se basant sur ce qu'il a entendu de la cure, c'est naturellement le sens exact de la nouvelle représentation obsédante. »
Bejahen, le verbe, c'est répondre affirmativement, c'est dire oui à une affirmation antérieure émise par l'autre. Il parle et je dis oui : donc je confirme.... Affirmer en français, c'est étymologiquement rendre solide, alors qu'infirmer c'est rendre infirme[1]...disent Bernard This et Pierre Thèves en 1982, dans leur traduction et commentaire du texte de Freud : « Die Verneinung ».
Affirmer, c'est donc rendre quelque chose consistant, "ferme". C'est de mettre des mots sur les choses, sur « La chose », que naquit le langage. « Au commencement fut le verbe », c'est ce que rappelle l'apôtre Jean en exergue de son Évangile : « Au commencement était le Logos et le Logos était du côté de Dieu et Dieu était le Logos. Celui-ci était au commencement du côté de Dieu ».
La psychanalyse solide…le grand Autre
Les formations de l’inconscient sont une catégorie de la psychanalyse solide. Les formations de l’inconscient, dont le graphe de Lacan en rend compte sur le fondement de ce qu’il existe le grand Autre ; c'est-à-dire sur le fondement que l'hypothèse est une thèse. Il y faut la supposition de l’Autre. Le grand Autre, c'est le lieu des structures, c’est le lieu topologique du langage, c’est le trésor des signifiants.
Il se pourrait donc que ce soit non pas le déchiffrage mais la coupure, qui fasse évènement, que ce soit la coupure, qui puisse se tenir au niveau de l'événement de jouissance. Ce qu'on a appelé la séance courte et que Lacan avait déjà évoqué tout à fait au début de son enseignement, il se pourrait que la séance courte, soit la séance de l'âge de la psychanalyse liquide, celle qui n'est pas ordonnée aux formations de l'inconscient, mais aux événements de jouissance.
Comment la psychanalyse est-elle devenue liquide ?
Comment nous la pratiquons aujourd'hui, sous une forme qui n'est plus la psychanalyse solide de l'époque de la structure ? Ne serions-nous plus structuralistes ? Nous parlons de psychanalyse liquide. C'est plutôt la parole elle-même, qui mérite cette adjectivation, c’est la parole qui est liquide.
Si la structure qui est adéquate à la psychanalyse liquide, c'est le nœud comme l’indiquait Lacan, ne faut-il pas alors relativiser, voire écarter le déchiffrage, qui est aussi un chiffrage, au profit de la coupure, de la coupure du rond de ficelle, puisque la psychanalyse nodale de Lacan, la psychanalyse des nœuds, pour délivrer ses aspects, met en scène l'action de déformation, de tirer. Elle implique aussi une autre action - une action de type chirurgical - celle de couper. C’est la fluidité de la parole qui dégage l’aspect liquide du langage.
[1] Theves P. This B.,« Die Verneinung »,« La Dénégation », « Document de travail du « Coq Héron », N°52, 1975, p.41.
« La psychanalyse est une discipline sociale » J. Lacan
Le concept de savoir induit les notions de chiffrage et de déchiffrage. C’est la primauté du signifiant et du signifié, Les cas princeps de Freud, ses constructions théoriques, relus et commentés dans les époques de l'enseignement de Lacan sont en quelque sorte aujourd'hui empreints d'une certaine nostalgie. On peut regretter que la fin de l'analyse n’ait plus les arêtes qu'elle avait naguère. C'est ce que Jacques-Alain. Miller rapporte à l'état actuel de la psychanalyse qui serait un état liquide. Quid de cet état dit liquide de l’analyse ?
Un fluide est ce qui qualifie un corps, qui se déforme sous l'action de forces minimes. Cela ne peut pas, ne pas nous évoquer ce à quoi Lacan a eu recours, dans son tout dernier enseignement, à savoir la topologie, le nœud borroméen, qu'il a promu largement comme la référence de la psychanalyse.
Je vous propose cette année de faire excursion dans le Séminaire Livre III « Les Psychoses » 1955-1956 de Jacques Lacan sous forme de cinq questions :
- La question du délire, qu’est-ce que délirer ?
- La question de l’Imaginaire, du Symbolique et du Réel, de la Verwerfung, du rejet d’un signifiant primordial.
- La question du signifiant et du signifié,
- La question du trou, de l’appel, l’allusion, être père, « tu es »,
- La question du phallus.
Ce séminaire est le séminaire des solides structuraux, des tropes linguistiques, par opposition à la psychanalyse liquide. « Liquide » est un adjectif qui a été utilisé par le sociologue, Zygmunt Bauman pour qualifier la société, la civilisation d'aujourd'hui.
Comment la psychanalyse est-elle devenue liquide ? Comment la pratiquons-nous aujourd'hui sous une forme qui n'est plus la psychanalyse solide de l'époque de la structure ? Pourquoi parlons-nous de psychanalyse liquide ? C'est la parole elle-même, qui mérite cette adjectivation. C’est la parole qui est liquide.
Si la structure qui est adéquate à la psychanalyse liquide, c'est le nœud, comme l’indiquait Lacan, il faut alors relativiser, voire, écarter le déchiffrage qui est aussi un chiffrage, au profit de la coupure, de la coupure du rond de ficelle, puisque la psychanalyse nodale de Lacan, pour délivrer ses aspects, met en scène l'action de tirer. Elle implique aussi une autre action - une action chirurgicale - celle de couper. C’est la parole qui dégage l’aspect liquide du langage.
Cet aspect liquide a conduit Lacan, après vingt ans d'enseignement, à apporter la notion de lalangue dans sa différence d’avec le langage. Le mot langageappelle le mot structure.Et Lacan ne l’a proféré, ce terme de langage, qu’en l'appuyant sur le discours qu'il considérait comme scientifique. De la linguistique saussurienne et jakobsonienne, il fait au départ dériver la parole, la parole apparaissant ainsi comme parole de structure.
Les formations de l’inconscient, catégorie de la psychanalyse solide, dont le graphe de Lacan rend compte sur le fondement de ce qu’il existe le grand Autre : c'est-à-dire sur le fondement que l'hypothèse est une thèse. Le grand Autre, c'est le lieu des structures.
Il se pourrait donc que ce soit non pas le déchiffrage mais la coupure, qui soit événementielle, que ce soit la coupure qui puisse se tenir au niveau de l'événement de jouissance. Ce qu'on a appelé la séance courte et que Lacan avait déjà évoqué tout à fait au début de son enseignement, il se pourrait que la séance courte, soit la séance de l'âge de la psychanalyse liquide, celle qui n'est pas ordonnée aux formations de l'inconscient, mais aux événements de jouissance.
Que chacun, sous la forme qui lui convient, dans un travail d’élaboration, en cartel, en séminaire, puisse mettre au travail sa question et échanger lors de nos séances de séminaire-atelier.
« Le discours analytique, s’il est dénié, c’est l’absence (ab-sens) de lien social, c’est en ça que la psychanalyse est de l’ordre d’une pratique sociale » Philippe La Sagna.
Le 2 septembre 2022.
Gérard MALLASSAGNE
Dates du Séminaire-atelier 2023-2024.
Dates à venir ci-dessous.
Dates retenues en fonction des vacances scolaires des deux zones B et C, pour des échanges entre l’Atelier clinique de Toulon et le Séminaire-atelier de Nîmes.
Ce séminaire est ouvert à quiconque désire y participer.
à l'Institut de Formation aux Métiers Éducatifs, 2117 Chemin du Bachas, Mas des Abeilles - 30900 Nîmes
Entrée libre et gratuite
CALENDRIER 2023-2024 (dates à venir)
Séminaire-atelier clinique de 20h15 à 22h
2023
Lundi novembre - lundi décembre2024
Lundi janvier - Lundi février
Lundi mars - Lundi avril
Lundi mai - Lundi juin
Contact cabinet
Prendre rendez-vous :
04 66 67 59 63
À venir
Séminaire-atelier clinique
Nouvelles dates 2023-2024, à venir.
20h15 à 22h00
IFME, 2117 Chemin du Bachas,
Mas des Abeilles - 30900 Nîmes